Et si le tourisme d’après Covid 19 était pire que celui d’avant ?

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Il ne se passe pas un jour sans qu’un article évoquant une reprise d’un tourisme plus responsable qu’avant la crise du Covid 19, ne soit publié.

Les journalistes écrivant ces articles semblent ne pas avoir compris que cette crise liée au coronavirus est en train de décimer la population des principaux acteurs d’un tourisme responsable : guides, accompagnateurs, petits hébergeurs, agences locales, et saisonniers…

Parce que les gros tour-opérateurs ou hébergeurs, eux, s’en sortiront toujours, à l’image de TUI, qui a perçu trois milliards d’euros de l’État allemand

Par ailleurs, l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) phosphore sérieusement à ce sujet !

Pourtant, sur le terrain dans les Alpes françaises, ce que nous avons pu observer cet été se trouve très éloigné d’un tourisme plus responsable qu’avant !

Et c’est même l’exact contraire qui s’est produit généralement…

Début juillet les hardes de motards brimés par des semaines de confinement et de restrictions se sont déversées sur nos routes de montagne…

À tel point que celles-ci ressemblaient bien souvent aux circuits du Castelet ou des 24 heures du Mans !

Pour l’automobiliste prudent que je suis lorsque j’emprunte la route reliant mon village à Bourg Saint Maurice, la vigilance était de mise à l’approche de chaque virage, et ils sont nombreux…

 

L’été de tous les dérangements pour la faune sauvage

Les deuxièmes et troisièmes semaines de la saison estivale virent débarquer des vagues de néo-touristes de montagne attirés par un supposé air pur et des offres alléchantes émanant des grands groupes désireux de remplir leurs méga-résidences.

Installé au cœur de ma petite station lors de mes permanences dont l’objet était de proposer mes randonnées accompagnées, je désespérais à la vue de cette clientèle totalement inadaptée à l’offre de montagne…

Elle était composée pour une large part de familles avec des enfants en très bas âge, promenant leur (s) toutou (s) sur les pistes de ski de la station… Désespérant.

Je vis même une famille de quatre personnes, accompagnée de quatre chiens !

Que viennent-ils faire ici ? Entre espaces protégés et zones d’élevages où abondent dorénavant les patous, où peuvent-ils randonner sans déranger la faune environnante, ou subir les désagréments d’une rencontre fortuite avec l’un de ces gardiens de troupeaux ?

 

C’est ainsi que posté derrière une longue vue avec l’un de mes groupes à l’entrée du vallon classé situé à quelques encablures de mon chalet d’alpages, j’entendis siffler une dizaine de marmottes en l’espace de trente secondes…

Trois chiens venaient de pénétrer dans le vallon, devançant leur maîtresse d’une bonne distance, et s’étaient lancé à la poursuite de l’ensemble des marmottes du secteur.

J’attendis la responsable du dérangement afin de lui expliquer qu’elle venait de pénétrer dans un vallon classé, l’un des plus riches en faune sauvage de France, et que les chiens ne pouvaient être tolérés que s’ils étaient tenus en laisse.

Après de longues palabres, elle finit par rebrousser chemin… pour revenir le lendemain dans les mêmes conditions.

 

Lors de mes permanences, plusieurs de ces visiteurs vinrent se renseigner sur la teneur de mes randonnées accompagnées, bien que parvenus en montagne sans le moindre équipement approprié…

Quelques-uns ne purent s’inscrire car ils n’avaient pas prévu les chaussures adéquates, ou n’avaient apporté que de shorts pour aller pique-niquer à 2 400 ou 2 600 mètres d’altitude, la plupart ne disposant d’aucun vêtement susceptible de les protéger de la pluie …

90% de ceux qui participèrent à mes sorties n’avaient pas apporté de jumelles, quand avec la chaleur et le dérangement permanent, les animaux encore présents dans les environs se trouvaient à bonne distance…

 

De nombreux parkings d’altitude ne connurent jamais auparavant une telle fréquentation en raison de ce tourisme routier encouragé par le zapping opéré par ces touristes ne s’éloignant que très peu de leur véhicule.

Venus chercher l’air pur, ils contribuent à le polluer avec de nombreux déplacements dont l’intérêt est souvent contestable.

 

L’air de nos montagnes souffre tragiquement du manque de transports publics.

En hiver durant les vacances scolaires, le flot de véhicules montant ou descendant la route reliant Chambéry aux stations de Tarentaise peut atteindre 75 000 ou 80 000 véhicules.

Cet été au cours des chassé-croisé des grandes vacances, nous n’en étions pas loin…

De plus la vallée souffre cruellement de l’absence de transports publics accessibles aux saisonniers…

En pleine saison touristique, eu égard au coût de la vie dans les stations et au manque d’hébergements adaptés aux saisonniers, il convient d’ajouter à ces flots environ 3 500 véhicules par jour entre Bourg Saint Maurice et les communes de Tignes et Val d’Isère.

Quand au Mexique, en Turquie, ou à Tenerife, il est possible de rejoindre n’importe quel point du territoire en utilisant des transports en commun ou des taxis collectifs, chez nous les bus reliant Bourg Saint Maurice à Tignes ou Val d’Isère coûtent entre 10 et 15 euros par personne !

Quel saisonnier peut-il les utiliser, d’autant que les horaires sont largement inadaptés à leurs obligations ?

 

Comme d’habitude en France, le privé fait la loi !

Entre les deux compagnies de bus existant et les taxis, tous ont un réel intérêt à ce qu’aucune alternative engendrant de moindres coûts et émissions de CO2 ne soit mise en place.

Pendant ce temps, nos élus nous promettent une « transition écologique », sans cesse repoussée aux calanques grecques !

Pourtant combien d’emplois pourraient être créés avec des taxis collectifs, et quelle quantité d’émissions de CO2 seraient ainsi économisées ?

Petit rappel : Aucune compensation ne vaut la limitation d’émissions de gaz à effet de serre !

À quelques heures d’ouvrir des stations de ski sans remontées mécaniques, et de devoir « accueillir » une majorité de touristes à qui on n’a pas expliqué que les plus fréquentées au monde ont été implantées au cœur d’espaces densément peuplés en faune sauvage, il y a tout lieu de s’attendre au pire…

#Surtourisme

#TourismeDeMasse

Auteur : 
Jean-Pierre LAMIC

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